Une décrue annoncée, régulière et prévisible — pour que chacun sache où l'on va.
La dotation annuelle gratuite ne baisse pas au hasard. Elle suit une trajectoire tracée à l'avance : 86 900 EQO en 2027 — soit 8,69 t de CO₂e, l'empreinte moyenne actuelle d'un Français — puis une décrue régulière jusqu'à 25 000 EQO en 2050, soit 2,5 t. C'est la cible compatible avec la neutralité carbone.
Le point décisif n'est pas seulement l'ampleur de la baisse : c'est qu'elle est connue d'avance. Un ménage qui hésite à changer de chaudière, une entreprise qui arbitre un investissement industriel : l'un comme l'autre voient la pente sur vingt-trois ans. La visibilité est totale — chacun peut planifier.
La dotation baisse, mais les besoins en carbone ne disparaissent pas du jour au lendemain. Mécaniquement, l'EQO devient une ressource rare — et sa valeur en euros monte. De l'ordre de 0,30 € en 2027, il approcherait 1,03 € en 2050 : un signal-prix qui se renforce d'année en année, sans à-coup ni surprise.
Superposées, les deux trajectoires dessinent une figure simple et lisible : la dotation descend, le prix monte. C'est le cœur du dispositif — une rareté organisée, année après année, selon un calendrier public.
On pourrait craindre qu'une dotation divisée par plus de trois en volume physique appauvrisse les ménages. Ce n'est pas le cas — et c'est un point central. Ce qui compte n'est pas seulement le nombre d'EQO, mais la valeur en euros de la dotation gratuite reçue.
Or les deux mouvements se compensent : le nombre d'EQO baisse, mais leur prix monte. La valeur totale de la dotation distribuée ne s'effondre donc pas. Elle reste calée sur le niveau de vie médian — c'est ce qui rend le dispositif soutenable socialement dans la durée.
Le nombre d'EQO gratuits diminue régulièrement : c'est la contrainte climatique, tenue jusqu'en 2050.
Chaque EQO devient plus rare, donc plus précieux : le prix en euros s'apprécie d'année en année.
La dotation gratuite, exprimée en euros, reste indexée sur le niveau de vie médian : socialement soutenable.
Les politiques climatiques échouent souvent parce qu'elles sont imprévisibles : une taxe annoncée puis suspendue, un dispositif modifié chaque année, un signal qui change au gré des majorités. Impossible, dans ces conditions, d'engager un investissement lourd — une rénovation, une pompe à chaleur, une ligne de production.
La trajectoire EQO fait le pari inverse : elle est connue, publiée, stable. Parce que chacun sait où l'on va, chacun peut s'y préparer et investir sereinement. La prévisibilité n'est pas un détail technique — c'est la première condition de l'acceptabilité.
La trajectoire physique (86 900 → 25 000 EQO) se cale sur la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) : la décrue de la dotation individuelle est la déclinaison, à l'échelle de la personne, du budget carbone national retenu pour atteindre la neutralité en 2050.
La valeur en euros de la dotation gratuite est indexée sur le niveau de vie médian. Le nombre d'EQO diminue selon la trajectoire physique ; l'appréciation du prix unitaire maintient le pouvoir d'achat carbone en proportion du revenu médian.
L'Autorité procède à un ajustement annuel encadré : elle constate l'écart entre émissions réelles et budget prévu, puis cale la dotation de l'année suivante sans dévier de la cible 2050. Les paramètres sont publics.
Face aux aléas (hiver rigoureux, choc de prix), un mécanisme de report et d'emprunt d'EQO (« banking / borrowing ») lisse la contrainte : un solde non consommé se reporte, un besoin ponctuel s'anticipe, dans des limites bornées qui préservent l'intégrité de la trajectoire.
Les jalons (2035 : 6,54 t ; 2043 : 4,39 t ; 2050 : 2,50 t) s'alignent sur les budgets carbone successifs de la SNBC. Toute révision nationale se répercute de manière transparente sur la trajectoire des dotations.