Une part de carbone strictement égale, du plus modeste au plus fortuné — et c'est précisément ce qui redistribue.
Le premier janvier 2027, tout le monde reçoit gratuitement la même dotation d'EQO. Pas un barème selon les revenus, pas un plafond négocié secteur par secteur : une seule et même quantité, versée à chacun.
Cette part n'est pas fixée au hasard. Elle est calée sur l'empreinte carbone moyenne d'un Français aujourd'hui, importations comprises : 8,69 tonnes de CO₂e par an, soit 86 900 EQO. Autrement dit, on ne part pas d'un idéal abstrait ni d'une contrainte punitive — on part de la réalité mesurée d'aujourd'hui.
La dotation n'est pas figée : elle diminue régulièrement, année après année, jusqu'à 25 000 EQO (2,5 tonnes) en 2050. C'est la trajectoire de la neutralité, traduite en une quantité que chacun voit fondre sur son propre compte.
C'est là l'avantage décisif face à une taxe carbone. Une taxe agit sur le prix et espère qu'il fera baisser les quantités : l'effet est indirect, incertain, et rien ne garantit qu'on atteindra la cible physique. La dotation, elle, agit directement sur le volume distribué : si l'on veut émettre moitié moins, on distribue moitié moins d'EQO. Le plafond n'est pas un vœu, c'est une donnée.
On fixe un prix et l'on espère un effet sur les quantités. Le résultat physique reste incertain : c'est une obligation de moyen.
On fixe la quantité distribuée : la cible physique est atteinte par construction. C'est une obligation de résultat.
Si tout le monde avait la même empreinte, une dotation égale serait neutre. Mais ce n'est pas le cas : l'empreinte carbone croît fortement avec le niveau de vie. Plus on est aisé, plus on voyage, on consomme, on chauffe grand — et plus on émet. Le décile le plus aisé émet environ 2,5 fois plus que le plus modeste.
La conséquence est mécanique. Les déciles situés sous la dotation — les plus modestes — n'utilisent pas toute leur part : il leur reste un excédent d'EQO revendable, c'est-à-dire du pouvoir d'achat. Les déciles situés au-dessus — les plus aisés — sont en déficit et doivent racheter des EQO pour couvrir leurs émissions.
→ Le double prix — en euros et en EQO — et le marché de rachat sont détaillés au principe 3.
La dotation n'est pas un tampon administratif ni une carte de rationnement de guerre. C'est un droit de tirage égal, versé à tous, sans condition — y compris aux enfants, dont la part revient au foyer. Chacun dispose librement de son solde et de son excédent.
La différence de regard est essentielle. Un rationnement retire ; une dotation donne. Ici, on ne prive personne d'un droit acquis : on partage à égalité une ressource commune et limitée — l'atmosphère. Ce n'est pas une privation, c'est un partage.